Je suis grosse


Mais non, t'es pas grosse

Puisque j’utilise le mot régulièrement, autant aborder le sujet tout de suite. Eh oui, vous l’avez certainement remarqué mais j’utilise souvent le mot gros-se sur le blog, plutôt que obèse, ou en surpoids. Comme on a l’habitude de penser que c’est mal d’être gros, le mot est considéré comme une insulte. Mais à la base, c’est un simple adjectif descriptif, sans jugement de valeur. C’est comme ça que j’ai choisi de l’utiliser, pour décrire, simplement et sans jugement de valeur, la taille de mon corps. Je vous explique pourquoi :

Je ne suis pas une anomalie

Le mot “obèse” est un terme médical, l’obésité étant caractérisée par le calcul de l’IMC. Non seulement je ne pense pas qu’une masse surfacique soit une bonne mesure, mais ceci pourrait faire l’objet d’un article à part entière, donc laissons le de côté pour l’instant.

Mais surtout, utiliser “obésité” sous-entend que nous sommes malades. Or, bien souvent, ce n’est pas le cas. C’est comme si on disait que mesurer moins de 1m60 est une maladie. Certaines personnes sont plus grosses que d’autres, tout comme certaines personnes sont plus grandes que d’autres.

Parler de personne “en surpoids” n’est guère mieux. Cela voudrais dire qu’il y a un poids normal, et qu’il y a un poids (au-dessus) anormal. Ça me fait penser au jour où j’ai fait écouter à ma mère une chanson de System Of a Down, et qu’elle m’a dit “Mais tu pourrais pas écouter de la musique normale ?” Mais qu’est-ce que la musique normale ? La musique étant un art, je ne vois pas comment on peut parler de normalité. Et c’est pareil pour les personnes. Il n’y a pas de personne normale ou anormale, et il n’y a pas de corps normal ou anormal.  Et il n’y a donc pas de poids normal et de surpoids (anormal donc)

Alors évidemment, tout dépend du contexte. Mais en général, j’essaie d’éviter les mots “obèse” ou “surpoids”.

Grosse, ok, mais pas trop

La mode en ce moment consiste à utiliser le mot ronde : c’est joli, doux, réconfortant. Mais là encore, c’est assez réducteur : déjà, ça ne s’applique qu’aux femmes. Imaginez le truc : “le site dédié à la mode des hommes ronds” (comme un ballon ?).

Ensuite, c’est un euphémisme. Et qui dit euphémisme, dit qu’il y a un problème avec le “vrai” mot. Quand je vois “ronde”, je pense juste à “Mais non, t’es pas SI grosse”. Et franchement, quand j’entends ça, je ressens plus de la frustration que du réconfort. Je me sens reniée en tant que personne. Comme si les gens étaient tellement gênés par le fait que je sois grosse, qu’ils voudraient croire que je ne le suis pas trop.

En plus, quand on y réfléchit, ça sous-entend encore qu’on peut être gros, ok, mais qu’il faut être gros comme il faut. Ronde, ça va. Mais par contre grosse avec des épaules pointues, ça va pas. Grosse avec des petits seins, non plus. Encore moins grosse avec des bourrelets (et plus quoi encore !!!!)

Je suis grosse

Gros est un adjectif simplement descriptif : je suis grosse, grande, j’ai des cheveux châtains, des yeux marron…

On peut le comparer à la couleur de peau. S’interdire de dire que quelqu’un est noir signifierait qu’il y a un problème à être noir.S’interdire de dire que quelqu’un est gros reviendrait à dire qu’il y a un problème à être gros.

Le mouvement “Body positif” américain, qui défend l’idée que tous les corps sont biens, s’est rapproprié les mots “fat” et “plus size” comme de simples descriptions. A nous de faire pareil avec le mot “gros” !

Je suis grosse, point. C’est une caractéristique, et ce n’est ni une insulte ni un problème. En le disant je ne porte pas de jugement de valeur, je décris juste la réalité. Il n’y a pas de mal à être gros, comme il n’y a pas de mal à être petit, grand, blond, roux, blanc ou noir.

Et vous, comment vous décrivez-vous ?

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